L’appel vient rarement de la personne concernée. C’est une fille qui téléphone pour sa mère, un fils qui s’inquiète parce que son père a rayé la voiture deux fois en un mois, un voisin qui s’est aperçu que la dame du dessus ne descend plus faire ses courses.
Le taxi personnes âgées, dans notre métier, ce n’est pas une catégorie de course. C’est une réponse à un moment de bascule, celui où quelqu’un arrête de conduire et découvre que sa vie se rétrécit d’un coup.
Rendre les clés, ce n’est pas qu’une histoire de voiture
On sous-estime souvent ce que représente cet arrêt. Pendant cinquante ans, cette personne allait où elle voulait quand elle voulait. Du jour au lendemain, chaque déplacement devient une demande à formuler à quelqu’un.
C’est là que beaucoup de gens commencent à renoncer. Le rendez-vous chez le podologue qu’on repousse parce que le fils travaille. Le marché du dimanche qu’on abandonne. La cousine qu’on ne va plus voir à Villeurbanne parce que ça fait deux changements de bus.
Personne ne décide vraiment de s’isoler. Ça se fait par petites renonciations successives, et l’entourage s’en aperçoit souvent tard.
Attention à la confusion avec le transport médical
C’est le premier point que je clarifie au téléphone, parce que la question revient systématiquement.
Un trajet vers l’hôpital, chez un spécialiste ou pour un examen peut être pris en charge par l’Assurance Maladie, sur prescription, dans les conditions habituelles du transport assis professionnalisé.
En revanche, aller chez le coiffeur, faire ses courses, déjeuner chez sa fille ou se rendre à un enterrement, ce sont des courses ordinaires, facturées comme telles. Aucun bon de transport n’existe pour la vie quotidienne, et c’est précisément la vie quotidienne qui pose problème quand on ne conduit plus.
Autant le savoir avant d’appeler, plutôt que d’être déçu au moment de payer.
Des aides existent, mais il faut aller les chercher
La bonne nouvelle, c’est que le sujet du transport n’est pas complètement laissé de côté par les dispositifs d’accompagnement. Encore faut-il savoir où frapper.
Pour une personne évaluée en perte d’autonomie, l’APA versée par le département repose sur un plan d’aide qui peut intégrer un accompagnement dans les déplacements. C’est l’équipe médico-sociale du conseil départemental qui évalue la situation à domicile.
Pour les seniors encore autonomes, qui ne relèvent pas de l’APA, les caisses de retraite proposent des aides au maintien à domicile, et certaines complémentaires ont des dispositifs spécifiquement dédiés aux sorties des plus de 75 ans.
Le CCAS de la commune est souvent le meilleur point d’entrée, parce qu’il connaît à la fois les dispositifs nationaux et les services locaux, transport à la demande, navettes municipales, associations d’accompagnement. Les CLIC remplissent le même rôle d’orientation.
Ces aides évoluent et dépendent des ressources, donc je ne m’avancerai pas sur des montants. Un rendez-vous au CCAS, en revanche, ça ne coûte rien et ça débloque souvent des choses.
Ce que change un chauffeur qu’on connaît
Une personne de 84 ans qui monte dans un véhicule différent chaque semaine, avec un conducteur qui ne sait rien d’elle, ne vit pas la même chose qu’une personne qui retrouve la même tête.
Concrètement, un chauffeur habituel sait qu’il faut se garer devant le portail et pas au bout de l’allée. Il sait qu’il faut compter cinq minutes de plus le matin. Il sait qu’il vaut mieux ouvrir la portière plutôt que de laisser quelqu’un lutter avec la poignée en tenant sa canne.
Il sait aussi attendre. Un rendez-vous chez le médecin qui déborde, une pharmacie où il y a la queue, une visite au cimetière qui dure plus longtemps que prévu : ça fait partie du travail, ça se prévoit à la réservation.
Et puis il y a ce que personne ne met sur une facture. Pour certaines personnes que nous conduisons, le trajet est le seul moment de la journée où elles parlent à quelqu’un. Ça se remarque quand on fait ce métier depuis un moment, et ça change la façon de le faire.
Les détails pratiques qui font la différence
Porter les sacs de courses jusqu’à la cuisine plutôt que de les laisser sur le palier. Attendre que la porte soit refermée avant de repartir. Aider à s’installer quand la hanche fait mal. Adapter le chauffage sans qu’on ait à le demander.
Ce ne sont pas des prestations, ce sont des gestes. Mais ce sont eux qui déterminent si une personne âgée acceptera de refaire appel à un taxi ou si elle préférera renoncer à sortir.
Si la personne utilise un déambulateur ou a besoin d’un véhicule adapté, précisez-le au moment de réserver. Ce n’est pas la même préparation.
Et les transports en commun, dans tout ça ?
La question est légitime, et la réponse dépend beaucoup de l’endroit où l’on habite.
Dans Lyon intra-muros, le réseau est dense et un senior en bonne forme s’en sort très bien, avec en plus des tarifs réduits selon les ressources. Sur l’Est lyonnais, c’est une autre histoire. Les communes comme Genas, Chassieu ou Saint-Bonnet-de-Mûre sont desservies, mais avec des fréquences plus faibles, des arrêts parfois éloignés du domicile et des correspondances à assurer.
Marcher huit cents mètres jusqu’à l’arrêt, attendre vingt minutes debout sous la pluie, changer une fois, puis refaire le chemin en sens inverse avec deux sacs de courses : sur le papier c’est faisable, dans les faits ça décourage vite quand on a mal aux genoux.
Beaucoup de personnes fonctionnent d’ailleurs en mixte, et c’est très bien comme ça. Le bus pour les trajets simples et par beau temps, le taxi pour les rendez-vous importants, les courses lourdes ou les jours où la fatigue est là. Personne n’a besoin de choisir une bonne fois pour toutes.
Quand c’est la famille qui organise à distance
Beaucoup de nos réservations sont prises par un enfant qui habite Paris, Bordeaux ou l’étranger.
Ça fonctionne très bien, à condition de caler quelques points au départ. Le contact principal, c’est-à-dire qui appelle et qui reçoit la confirmation. Les habitudes de la personne, ce qu’elle aime et ce qui la gêne. Et un accord clair sur le règlement, parce qu’une personne âgée n’a pas toujours envie de sortir sa carte à chaque course.
Sur les trajets réguliers, un point mensuel avec la famille suffit à savoir comment ça se passe. C’est souvent rassurant pour des enfants qui ne peuvent pas passer tous les jours.
Ne pas attendre la chute
Le moment où les familles nous appellent, c’est très souvent après un incident. Une chute dans la rue, un feu grillé, une hospitalisation.
Mettre une solution de transport en place avant, quand tout va encore à peu près bien, permet à la personne de s’y habituer sans avoir l’impression qu’on lui retire quelque chose. La différence de vécu entre les deux situations est énorme.
AB Taxi assure les déplacements du quotidien des personnes âgées sur Lyon et l’Est lyonnais, à Saint-Priest, Bron, Chassieu, Genas, Décines, Meyzieu et les communes voisines. Courses, rendez-vous, visites à la famille, sorties, avec ou sans attente sur place, et véhicule adapté disponible si nécessaire.
Pour en parler, appelez Brahim au 06 50 01 37 69. Si vous appelez pour un proche, dites-le simplement, on a l’habitude et on prend le temps qu’il faut.